L’Idée de départ

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Le projet est né d’une envie de réaliser quelque chose qui marquera ma vie pour de nombreuses années. Par le sport j’avais développé une condition physique et une connaissance de mon corps poussée. Il m’était possible d’envisager un périple au long court. Mes genoux, mes articulations ne m’ayant jamais fait souffrir durant toutes mes années de course à pieds ou de vélo. J’appréciais même particulièrement de répéter un effort important jour après jour, les muscles se dénouant et le corps se libérant au rythme des pas et des sécrétions d’endorphine.

Mes lectures de Nicolas BOUVIER « L’usage du monde » ou de Sylvain TESSON me donnaient matière à rêver. Un voyage à vélo jusqu’en chine par la route de la soie ? Bien mais incomplet selon mes critères. L’Himalaya ? Un rêve d’immensité. La plus grande chaîne de montagne au monde mais également un berceau de spiritualité. Un premier voyage au Népal en 2013, et des recherches assidues sur les possibilités de traverser la région à pied ou à vélo m’orientent rapidement sur le Népal. Ce pays en forme de trapèze est partagé entre la région du terraï au sud, une plaine parsemée de prairies marécageuses, et de forêts tropicales. Une région de collines et de moyenne montagne au centre du pays qui abrite Katmandou et sa vallée, le centre politique et culturel du pays. Au nord, le grand Himalaya, ses montagnes de plus de 8000 mètres mais aussi des milliers d’autres et sa frontière avec la chine et le plateau tibétain.

Mon idée se forge, quand je découvre l’existence du Great Himalaya Trail, un ensemble de sentiers permettant de traverser le pays d’Est en Ouest sur 1700km. On ne parle pas ici de sentiers balisés, mais de chemins empruntés depuis des siècles par ces peuples des montagnes pour relier les villages entre eux, et qui ont été documentés et rassemblés pour former une route théorique traversant le pays.

Le Népal présente l’avantage de tolérer le trekking en autonomie dans certaines de ses régions, et d’être plutôt tolérant envers les marcheurs solitaires là où cela est interdit! (contrairement au Tibet et au Bhoutan). Je devrais quand même pour naviguer seul jouer de quelques astuces.

Mon attention se porte sur la traversée des 3 cols.  La variante la plus esthétique du GHT, qui permet d’entrer dans la très touristique vallée de l’Everest par le haut, quand tous les trekkeurs arrivent généralement à l’aéroport de Lukla au Sud de la vallée. Ce passage nécessite corde et matériel d’alpinisme. Il me faudra également trouver un binôme sur cette partie pour traverser en sécurité. Il ne sera pas évident de gérer le matériel et les ravitaillement sur cette première partie du voyage.

Le climat est le propice pour réaliser cette traversée entre mi-Avril et fin-Juin. Un certain timing est à respecter pour laisser la neige fondre à l’Est et permettre le passage des cols à 6000m d’altitude. Mais il faut avancer suffisamment vite pour se protéger de la mousson à l’abri des montagnes des Annapurnas qui sont un écran naturel aux fortes pluies qui arrivent par le Bangladesh à partir de fin-mai.

Je me suis autorisé environ 8 mois de voyage, et la traversée du Népal doit me prendre une centaine de jours. Pourquoi ne pas continuer en chine après avoir atteint la frontière Ouest du Népal ? Il y a là-bas à 4600m d’altitude les lacs du Manasarovar et le Mont Kailash qui les domine. Ce lieu est sacré à la fois pour les bouddhistes et les Hindouistes qui vouent un culte à ces montagnes. Je me heurte cependant aux difficultés de voyager seul au Tibet. Il me sera impossible de passer la frontière sans un guide local et une agence de voyage dans la province militaire de Ngari. Face à ces difficultés logistiques, j’abandonne l’idée d’une ligne continue entre le Népal et la France. Qu’à cela ne tienne, je continuerai ma route en Inde. Il y a dans l’Himalaya Indien une région très aride que l’on appelle quelque fois « le petit Tibet » pour sa proximité culturelle avec son voisin chinois. La région a la particularité d’être bien protégée par la mousson qui arrose l’Asie en été, ce qui permet de la parcourir de mi-Juin à Septembre. Le timing est donc parfait.

Mais que faire ensuite? La route du Karakorum au Pakistan me fait beaucoup réfléchir mais j’ai besoin d’un vélo pour continuer et les problèmes de sécurité dans le nord du Pakistan me font particulièrement hésiter. Après discussion avec une amie, le choix du Kirghizstan est fait. Elle qui rêve des montagnes du Tien-shan et des récits d’Ella Maillard me rejoindra pendant ses vacances pour réaliser un bout de route avec moi et m’amener le vélo que j’aurais préalablement acheté en France.

Je pourrais après un trekking de quelques semaines dans les montagnes du Kirghizstan, rejoindre la France en traversant l’Asie Centrale à vélo, et notamment en empruntant La Pamir Highway, une des routes les plus hautes du monde qui traverse le plateau du Pamir à plus de 4000m d’altitude. Je plongerais ensuite dans le corridor de la Wakkhan à la frontière avec l’Afghanistan pour rejoindre Dushanbé la capitale du Tadjikistan.

La suite est plus floue, plusieurs routes sont possibles, le nord par l’Ouzbékistan pour rejoindre la mer Caspienne et prendre un bateau vers l’Azerbaïdjan qui sera ma porte d’entrée vers la Turquie et l’Europe ou la route sud par le Turkménistan puis l’Iran. Les délais d’obtention des visas et ma date d’arrivée à Dushanbé décideront pour moi…

Je signe la fin de mon contrat de travail, je dis au revoir à mes proches, tout est dans boite, avion pour Katmandou, mal au ventre, des pleurs, c’est parti…

Mais rien ne se passe jamais comme on l’avait imaginé. En tout cas pas les plus belles choses, pas celles qui vous laissent des traces. Au delà de la réalisation de l’objectif, aller du point A au point B, il y avait tellement de choses à vivre et si peu à regretter, et c’est ce chemin là que je vais essayer de vous raconter.