Sagarmatha Népal-2
Plus personne ne manque à l’appel quand j’arrive à Luckla. Les morts comme les vivants ont été retrouvés

Je quitte Luckla seul à 14h, et marche en direction de Namche Bazar. Il faut normalement 2 jours aux trekkeurs pour rejoindre ces deux villages. Je lance une course pour arriver avant la nuit.

Dans la traversée des villages qui montent jusqu’à Namche Bazar, il y a visiblement eu un mixage entre Népalais et les occidentaux qui viennent dans la région depuis presque un siècle pour la conquête de l’Everest. Je m’amuse de reconnaître des yeux bleus et des cheveux châtains.

A 19h15, la nuit est tombée, je suis à quelques centaines de mètres de Namche Bazar. Deux monals (un oiseau sacré du Népal relativement rare) croisent mon chemin dans la pénombre. Quelques minutes plus tard, j’arrive dans une ville vide de touriste. Il n’y a pas eu de dégâts ici. Mais les touristes qui était présent pendant le tremblement de terre sont partis. Ceux qui devaient venir ne sont pas venus. Nous sommes donc seulement quelques uns à rester.

Message satellite 10/05/2015 : Namche bazar. 3450m. 3H de marche ce matin pour rejoindre Luckla et son aéroport « par le bas » (la plupart des touristes arrivent à Luckla en avion).

Puis montée chrono vers Namché en 5h depuis Luckla (2j normalement). Ce soir enfin une douche. Demain repos pour profité de Namche, chef-lieu Sherpa.

Je suis retourné au même lodge qu’il y a 2 ans. Les repas sont bons, la douche est chaude et il y a des prises dans les chambres pour recharger mes appareils. Un luxe! C’est que j’ai tout un petit attirail qui est consommateur d’électricité. Appareil photo, téléphone, et balise satellite. Mon panneau solaire est efficace mais il ne répond pas à une utilisation quotidienne. Je dois donc en général économiser au maximum le niveau de mes batteries. Le wifi fonctionne également, je peux lire mes mails et consulter l’actualité.

Je prends une journée de repos pour faire le tour de la ville et dévaliser les shops de leurs barres chocolatées. J’en avale huit boulimique ment dans un après midi.

L’ambiance est douce en ce jour à Namche Bazar. Le ciel est dégagé, on est loin des dégâts de Kathmandou ou du Langtang, même s’il est difficile de ne pas y penser. L’économie touristique est à l’arrêt pour cette saison mais les gens d’ici s’en remettront. Tant que le plus haut sommet du monde sera dans la vallée, il y aura toujours des touristes des quatre coins du globe pour poser leurs chaussures sur ses pentes.

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Namche Bazar, chef lieu de l’ethnie des Sherpas et base reculée de l’Everest

Le 12 mai, je me mets en route pour faire le tour de la vallée par le circuit des trois cols. Un circuit que j’avais fait en partie il y a deux ans, mais sur lequel je me relance avec plaisir en y ajoutant la variante du col « Rengo la » à 5300m.

Au bout d’une heure de marche j’ai une euphorie quelque peu indescriptible. Le ciel est éclatant, je suis seul sur ce chemin qui accueille en général plus de 15 000 personnes à cette saison. J’aperçois les sommets de l’Everest et l’Ama dablam qui pointent leur nez. Les rhododendrons sont en fleurs sur une gamme du rose au blanc. Je me sens au top de ma forme physique et j’ai le pas léger sur les pentes qui me mènent au village de Dingboche.

A midi, je m’arrête au Lodge qui fait face au monastère de Tengboche, probablement l’un des plus beaux de la région. Des annexes faites de murs de pierre se sont effondrés, le monastère de bois lui a résisté. Je discute avec le propriétaire jovial du lodge d’à côté. Il récite des prières en tenant dans sa main un mâlâ, une sorte de chapelet bouddhiste. A près le repas je continue ma route.

Je marche depuis environ 1 heure quand à l’entrée d’un village, je vois une Népalaise courir vers moi avec un peu d’étonnement. Je ne comprends pas tout de suite, la seconde d’après je sens la terre trembler sous mes pieds jusqu’à me pousser au déséquilibre. Un énorme bruit remonte de la vallée. Par réflexe, je regarde rapidement sur ma gauche le flan de la montagne pour m’assurer que rien ne va me tomber sur la tête. La pente est peu abrupte, c’est bon tout va bien. Je fais une cinquantaine de mètres et rentre dans le village de Pangboche. Tous les habitants sont sortis en courant. Ils attendent au milieu du chemin une potentielle réplique. Les maisons sont par terre, personne ne bouge. Je ne sais pas si les dégâts sont consécutifs au tremblement de terre du 25 Avril ou à celui-ci.

Je fais des signes aux Népalais pour demander s’il est nécessaire de chercher des personnes sous les gravats. La compréhension est difficile et tout le monde est sous le choc. Tout va bien. Je ne sais pas trop quoi faire. Je continue à avancer mais à une vitesse divisée par 4. Cela me laisse le temps de d’observer tous les visages, dans cette cacophonie de Népali que je ne comprends pas. Deux heures plus tard, j’atteins Dingboche.

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Message satellite 12/05/2015 : Grosse secousse. J’ai eu peur mais tout va bien.

J’arrive à Dingboche. Zone plutôt plane. Pas de risque dans la vallée.

Message satellite 12/05/2015 : Dingboche. 4300m. Après une journée de repos à Namché, en route sur merveilleux sentier face à l’Everest, Cholatse, Lothse et la plus belle l’Amadablam.

Repas du midi à Tengboché face au monastère qui a été endommagé par 1er tremblement.

Puis violent rappel à l’ordre dans l’aprèm. Grosse secousse à l’entrée d’un village déjà endommagé. Les gens couraient à l’extérieur des maisons.

J’étais dans une zone sans risque mais la vibration de la montagne était impressionnante.

Je me donne comme mission de rassurer mes proches qui subissent mes besoins de voyage et ma volonté de continuer malgré les événements.

Message satellite 12/05/2015 : Les zones dangereuses sont facilement repérables. Il ne faut pas traîner à flan de montagne dans les zones d’éboulement. Pas de risque à continuer.

Message satellite 12/05/2015 : Pas de risque demain à marcher jusqu’à Gorakshep. Pente faible non enneigée. Après demain Kala-pattar le matin et direction Dzongla aprem. Si risque à traverser le cho-la alors retour Namche Bazar.

Le soir au lodge, les discussions tournent principalement autour des secousses que nous ressentons toutes les dix à quinze minutes. Nous rigolons avec le propriétaire du lodge et un couple de Tchèque. Tout le monde se persuade que nous pouvons continuer nos activités. D’ailleurs pourquoi devrions nous partir alors que les Népalais qui nous accueillent restent là.

Le lendemain j’arrive à Gorap chek où on trouve les dernières habitations avant le camp de base de l’Everest. Je ne suis pas seul, les lodges sont encore ouverts et accueillent les quelques touristes qui arrivent sporadiquement jusqu’ici. On peut y manger les pizzas probablement les plus hautes sur terre : 5150m.

Des chaussures d’alpinistes dépareillées sont abandonnées devant le lodge. Elles sont les rappels que 18 personnes sont mortes au pied de l’Everest suite à l’avalanche qui a traversée le camp de base après le tremblement de terre. D’immenses blocs de glace se sont effondrés des pentes du Pumori, brassant glace et roche à la vitesse d’une éruption volcanique. Soufflant les poumons des victimes comme lors d’une explosion.

L’arrêt des expéditions a causé des tensions entre les alpinistes qui ont payé jusqu’à 50 000 € pour réaliser cette ascension, et les agences de voyage, guides et autorités népalaises.

Des gens qui ont parfois tout sacrifié pour réaliser le toit du monde, malheureux vivants désespérés de n’avoir pu risquer leur vie dans l’ascension. Ironie de la condition alpiniste.

J’entreprends de monter jusqu’au sommet du Kala pattar, un « trekking peak » qui n’a pour difficulté que son altitude non négligeable de 5630m. Cela fait plus d’un mois que je vis à plus de 4000m d’altitude et la respiration n’est plus un problème.

Au sommet une vue imprenable sur l’Everest; le Lotse, le Nupse, ou l’Ama dablam. Dans mon dos, ce tueur de Pumori prend des aires d’enfant sage sous un soleil radieux.

Au sommet un peu après moi, un couple d’américain fait une « selfie-vidéo » insupportable dans laquelle ils racontent à la terre entière (j’entends sur les réseaux sociaux) comme leur vie est incroyable puisqu’ils sont l’instant présent, probablement les plus hauts du Népal! voir même du continent! peut être même du monde… Je regrette mes progrès en Anglais et me console en me disant que l’euphorie de l’instant a aussi des bons côtés.

Message satellite 13/05/2015 : Gorakshep. 5180m. Un plateau, de la « montagne à vache », entouré des géants que sont le Pumori (7165m) et le Nupse (7861m). Aucun risque d’éboulement.

Message satellite 14/05/2015 : Sommet du Kala patthar. 5630m. Grand soleil. Magnifique vue à 360 sur l’Everest, le Nupse, l’Amadablam et toute la chaîne.

Le soir même je rejoins le village de Dzongla. Un mal de tête me suit tout le long du sentier. Des contrariétés au final sans importance m’obsèdent. Je suis seul dans un des plus beaux endroit du monde et je ressasse avec moi même la sempiternelle et même dispute! J’en conclus des effets négatifs de l’altitude.

A Dzongla, il n’y a personne. Mais vraiment personne. Au bout d’un quart d’heure je vois une jolie Népalaise apparaître, suivie un peu plus tard de sa sœur. Ce sont les tenantes du dernier lodge ouvert. Elles étaient allées chercher de l’eau un peu plus bas. Elles m’accueillent, j’engage rapidement sur la possibilité de traverser le col du Cho la. La réponse est caractéristique de ces montagnes : « Certains sont partis, ils ne sont pas revenus, c’est que ça doit être bon! »

Le risque n’est pas immense dans ce col, mais je serai seul et j’aimerais bien connaitre les conditions. Plus tard, en fin de journée un trekkeur russe rejoint le lodge après avoir traversée le col. Il me rassure sur la praticabilité du terrain. Un Irlandais est là aussi, il veut suivre la même trace que moi demain. Il travaille pour la commission européenne en Belgique et converse avec moi en Français. Nous convenons de faire la route ensemble jusqu’à Gokyo.

Message satellite 14/05/2015 : Dzongla. 4830m. Au pied du Cho la (5420m) que je vais traverser. Un russe est avec moi au lodge. Il a fait le col dans l’autre sens sans pb ce matin.

Départ matinal, l’Irlandais barbu d’un bon 1,95m avance si lentement que j’en perds l’équilibre mais aussi la patience. C’est dangereux la montagne! on va pas rester sous les avalanches jusqu’à la nuit!

Nos rythmes sont vraiment trop incompatibles, j’avance seul sans même pouvoir me concerter avec lui. Il s’est arrêté je ne sais où.

Les oiseaux sont mes compagnons, des variétés multiples et différentes d’une vallée à l’autre.

La montée au col se passe bien. La descente est un peu plus délicate. J’ai laissé mes crampons à Namché bazar et la descente est en glace.

J’enchaîne avec la délicate traversée du glacier du Ngozumpa. Je peine à trouver la trace qui me permettra d’y accéder. Comme le minotor, un gros mâle Yak me masque l’entrée. Quand je m’approche de lui, il se lève et me fait face. Ses puissantes cornes s’opposent à mes bâtons de marche de 115 grammes chacun. J’imite Purhi en ramassant un caillou et en lui jetant au museau. Il s’écarte en me donnant la leçon d’éviter de lui faire face la prochaine fois.

Message satellite 15/05/2015 : Cho la pass. 5360m. Beaucoup de glace et de neige dans le col. Piolet bien utile. J’attaque la descente.

Partie difficile de la descente du Cho la pass terminée. Portions raides en glace. Idiot d’avoir laissé les crampons à Namche pour économie poids.

La traversée d’un glacier peut rapidement se révéler être un casse tête, et celui du Ngozumpa ne déroge pas à la règle. La trace est légère et se perd régulièrement entre les marmites d’eau glaciale qui se font et se défont au rythme de la marche lente du glacier. Je soupçonne le tremblement de terre d’avoir fait bouger les lignes, ce qui me désoriente. Je n’aimerais pas être ici au moment d’une réplique, la stabilité de la trace me parait incertaine, et j’ai peur de glisser à tout moment dans une marmite d’eau bleue. Je prends des risques inutiles et m’énerve. J’ai quelques souvenirs de la traversée de ce glacier lors d’un trekking en 2013. Si mon sens de l’orientation est parfois faillible, j’ai plutôt une bonne mémoire. J’aperçois au loin la trace qui me permettra de sortir de cette mauvaise affaire. J’hésite, puis j’avance et en peu plus de 2 heures je trouve la sortie qui m’amène avec soulagement jusqu’au village du Gokyo. Il est midi, ma journée est terminée et je suis en pleine forme. L’Irlandais arrivera au lodge à 19h quelque peu épuisé après avoir fait le choix de contourner le glacier par le sud pour plus de sécurité.

Un autre défi m’attend le jour suivant. Le col du Renjo la. C’est un col facile de trekking qui permet de quitter la vallée du Gokyo avec une vue majestueuse sur ses lacs et sur l’Everest. Cependant, les fortes quantités de neige qui sont tombées durant l’hiver, et l’absence de trekkeurs pouvant créer une trace me refont passer une journée d’enfer à crapahuter dans la neige, parfois jusqu’à la taille, craignant un nouveau tremblement de terre qui m’emporterait avec toute la neige. Défi inutile avec la perspective du temps.

Le soir au lodge, la didi me demande si des touristes vont venir. Je suis obligé de la décevoir.

Au retour à Namche bazar, les choses ont changé. La ville s’est totalement vidée. Suite au deuxième tremblement de terre qui a plus fortement touché la vallée, les habitants ont pris peur et dorment maintenant dans des tentes sur le terrain de football de la ville. Le lodge où j’ai résidé quelques jours auparavant est vide. Je dois déambuler dans les rues pour trouver le propriétaire qui m’ouvrira les portes de son hôtel pour que je récupère les affaires que j’ai laissées quelques jours plus tôt.

Je passe une nuit seul dans le lodge alors que son propriétaire et sa famille, eux dorment sous une tente!

Je change mes plans. Impossible vu la situation de continuer en direction du Tashi labsa. Beaucoup trop dangereux. Le col est connu pour ses chutes de pierres et j’arriverais au Rolwalling sans connaitre les conditions de vie dans cette région.

Une foultitude de questions me traversent l’esprit :

– Est ce que je peux être utile en m’engageant dans une association à Kathmandou? Oui et non. J’ai déjà contacté Seth Wolpin, un américain qui m’a mis en contact avec Dorjee. Il a une association d’aide au Népal et il a rejoint Katmandou suite à l’événement. Il doute que je puisse être utile à Katmandou. Le pays était déjà rempli de touristes qu’il a fallu évacuer de la capitale. Les moyens ne sont pas en place et il faudra plusieurs semaines ou mois pour lancer des projets de reconstruction. Je ne me vois pas annuler mon projet pour rester quelques mois au Népal.

– Est ce que ma présence dérange ? Je ne crois pas. Dans le premier village détruit que j’ai croisé, les personnes avaient besoin de partager sur ce qu’ils avaient perdu. Plus loin dans la vallée de l’Everest, le tourisme est le moteur de l’économie pour l’ensemble de la population. Les questions les plus récurrentes sont : « Est-ce qu’il y a des touristes qui arrivent de ce côté? ». Les Népalais, ne peuvent pas partir de chez eux. Pourquoi moi je partirais ?

– Est ce que les Népalais sont en grande difficulté ? Oui, comme des gens qui ont perdu leur maison et les biens matériels qu’ils pouvaient avoir. Mais le riz ne pousse pas dans les maisons. Il n’y a pas de difficultés d’approvisionnement en nourriture, et pas de problèmes sanitaires.

-Est ce qu’il y a un risque pour ma personne? Oui mais il y a un risque pour tous les gens qui sont là aussi.

– Qu’est ce que je fais ici d’ailleurs ? Je ne suis pas là pour marcher en montagne. On peut très bien marcher dans les alpes ou les collines de Marseille. Je suis venu ici pour vivre une expérience, rencontrer des gens, une façon de vivre différente. Vivre une expérience de vie. Quelle sera l’expérience de vie si je pars?

Sur cette réflexion, je décide de ne pas prendre l’avion retour à Luckla et de continuer à pieds sur le chemin qui mène à la ville de Jiri.

La descente de Namché bazar ne me donne moyennement raison. Si lors de mon premier passage, de légères destructions étaient visibles, le nouveau tremblement de terre du 12/05/15 a vraiment saccagé la zone. Des maisons sont par terre, et une partie du chemin de trekking s’est effondrée dans la rivière.

La situation n’est pas meilleure après Luckla. Je rencontre sur le chemin un Népalais très sympathique d’une trentaine d’année, il s’appelle Sirish. Il travaille à Kathmandou pour « l’Himalayan Trust New Zealande », une association humanitaire qui vient en aide au Népal. Il est chargé de faire le tour des écoles de la vallée financées par l’association pour déterminer le niveau des dégâts. Il est content de ne pas marcher seul sur ces chemins où des chutes de pierres sont encore fréquentes et il m’emboîte le pas. Nous discutons de tout et de rien, de mon travail et du sien. Je lui dit naïvement que je n’ai pas trouvé les Népalais si pauvre que ça dans les montagnes, et que j’ai vu des gens plutôt en bonne santé. Il me rappelle que son salaire est de 150$ par mois et que lui aussi voudrait bien voyager.

Nous stoppons dans une école sur notre chemin. Les enfants ne sont pas à là. L’école est récente et bien construite mais quelques murs penchent dangereusement. Un homme s’approche de nous, Sirish lui a dit que j’étais ingénieur. Il souhaite nous montrer sa maison qui a beaucoup bougé, il s’adresse à moi pour me demander conseil, croyant que je suis ici comme expert. Nous sommes mal à l’aise avec Sirish et je prodigue quelques conseils de bon sens, plus habitué à la déconstruction de centrales nucléaires qu’à la rénovation de maisons en pierres sèches.

Le soir nous nous arrêtons dans un village où les destructions ont été légéres. Il connait bien une famille qui tient un lodge et me propose de le suivre.

Si les habitants occupent la maison la journée, ils préfèrent la nuit dormir sous les tentes qui leur ont été données par des associations. Nous passons une soirée agréable à boire la Tongba, cet alcool de millet.

Le lendemain nos chemins se séparent, je marche à toute vitesse pendant 2 jours, un peu par habitude, un peu la conséquence d’être seul dans ces montagnes à l’autre bout de la terre, un peu la peur d’un glissement de terrain ou de chutes de pierre.

Le 21 Mai j’ai beaucoup marché, la situation s’est dégradée au fur et à mesure que j’avançais. Je traverse pour la première fois des champs de ruine. Posant mes pieds sur les pierres des maisons qui se sont effondrées. Je ne me sens plus vraiment à ma place. Cette traversée se transforme en visite de zones dévastées et je n’aime pas çà. Je traverse une colline surplombant un village, des fissures de plusieurs dizaines de centimètres traversent la terre, laissant craindre des glissements de terrain lors des prochaines moussons.

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Il est 19h quand je rentre dans le village de Kinja, la nuit est train de tomber et j’aimerais bien trouver un endroit où dormir. Je m’avance sur le sentier principal qui traverse le village de part en part. Les maisons sont détruites de gauche à droite. Des personnes sont assises sur le bord du chemin, l’air un peu hébété. Je leur demande si il y a un endroit pour dormir ici. On me répond sèchement que je n’ai qu’à regarder autour de moi pour voir que tout est détruit ici. Je ne vois pas d’autre solution que de sortir du village pour camper plus loin en forêt. Je m’apprête à sortir du village quand un jeune me court derrière pour me dire de venir dans sa famille. Ils ont construit un abris de tôles devant leur maison en morceaux. Ils entreposent toutes leurs affaires autour de lits de camps dans ce qui pourrait ressembler à un capharnaüm.

Je m’installe avec eux, la grande sœur de la famille prépare le Dal bhat avec application. Nous discutons dans un anglais approximatif de mon parcours et de la reconstruction de la maison.

Le Dal bhat est servi, je mets toute mon application pour faire bonne figure, mais mon nez qui coule et mes joues rouges ne peuvent cacher mon incapacité à supporter autant d’épices. Un oncle rajoute à la plaisanterie, « entre les tremblements de terre, et la nourriture trop épicée, les touristes ne vont plus vouloir revenir au Népal ». Tout le monde éclate de rire.

La nuit est bonne. Au matin, je pars avec le jeune. Il va chercher du travail comme porteur plus bas dans la vallée. Nous marchons un peu plus d’une heure avant que je le laisse à un point de rencontre où les porteurs attendent l’embauche.

Cette journée est une nouvelle succession de destruction. Il y a eu des morts ici.

J’atteins Jiri en fin de journée, je retrouve une route goudronnée. C’est le chef lieu de la région et la première ville qui permet de rejoindre Katmandou en bus. La ville est un amas de débris enchevêtrés et de gens qui vivent autour.

Il reste un hôtel debout, l’intérieur est recouvert de poussière mais les murs ont résisté. Je discute avec le sympathique propriétaire qui a construit sont hôtel l’année dernière. Il me déconseille de continuer à pieds, la région du Rowalling a été sérieusement touchée. Les gens ont fui les montagnes et je n’aurais aucun moyen de me ravitailler.

Je fais le tour de la ville me résignant à rejoindre Katmandou par bus le lendemain.

Suivant les conseils du propriétaire de l’hôtel, je passe la nuit dans le coffre d’un bus TATA. Une attache en fer me rentre dans l’omoplate et me fait passer une nuit difficile. Le matin je me rends compte que l’horaire que l’on m’avait donné pour le bus de Katmandou était mauvais. Ironie de devoir dormir toute une nuit dans le coffre d’un bus pour au final rater celui que l’on devait prendre!

En fin de journée je discute avec le propriétaire de l’hotel alors qu’une tempête arrive sur la ville, nous nous réfugions dans un couloir de l’hotel qui donne sur l’extérieur. Un d’éluge d’eau et de foudre s’abbat sur la ville. Le vent qui tourbillonne fait voler des débris tout autour de nous.

Je passe la nuit avec eux dans un abri construit devant l’hôtel. Je m’endors à 20h tandis que la famille discute en Népalais autour de mois.

Au matin nous apprenons qu’un marchand venu de Katmandou avec un camion de tôles en Inox a été tué pendant la tempête par un débris qui s’est envolé du toit d’une maison. Il avait gagné beaucoup d’argent pendant la journée en vendant ces tôles qui servent à construire des abris.

La tempête a également couché les pilonnes qui alimentent la ville en électricité. Nous n’aurons pas d’électricité pendant au moins 1 mois me dit le propriétaire de hôtel désabusé.

Je prends ce matin le bus pour Katmandou.


Rédigé par Lionel Pourchier

Je vous racontes sur ce site mes aventures dans le cadre des deux projets de voyage que j'ai réalisé : "De l'Himalaya à Paris" en solitaire en 2015, et le "Tour des terres du Pacifique" en 2017/2018 avec mon amie Kinga Jakubowska.

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