Népal (2) : Les débuts au Kanchenjunga

Nous prenons le bus pour Taplejung avec Laure et Puhri. Il fait un bon 35°C aujourd’hui à Katmandou et les bus ne sont pas climatisés au Népal. Il va falloir se faire une raison car 24h de bus nous attendent.

Il nous faut déjà 2 heures pour sortir de Katmandou au milieu de la poussière et des pots d’échappements. Non seulement nous devons traverser le pays mais notre bus s’arrête tous les 200m pour faire monter ou descendre quelqu’un! Des vendeurs de dattes ambulants grimpent dans l’allée de bus à chaque arrêt. Ils sont jusqu’à 4 à proposer les mêmes produits. Je me demande bien ce qui peut se passer dans la tête du quatrième vendeur quand on a déjà dit non aux trois premiers!

La musique indienne à fond dans les hauts parleurs du bus, le voyage va être long.

Après une nuit à rouler, nous changeons de bus au petit matin dans la campagne Népalaise. Si la première partie du voyage transversait les grandes plaines du Terai, ce second bus va nous amener dans les montagnes. La vitesse moyenne est inférieure, la place dans le bus également. Nous arrivons progressivement sur les routes qui serpentent au milieu des plantations de Thé. Un jeune homme fait le « singe » à l’avant du bus. Il se place dans l’entrée, le corps à moitié à l’extérieur du bus et tape sur la carlingue pour signifier au chauffeur qu’aucune de ses roues ne prend la direction du fossé.

En fin de journée, nous arrivons fourbus à Taplejung notre destination finale. La ville a subi un grand incendie la semaine d’avant qui a détruit 35 maisons et déplacé 90 familles à l’entrée du village.

Nous allons dormir dans un lodge au dessus de la ville, une maison sombre avec un feu ouvert à l’intérieur de la maison. Les poêles à bois et les conduits de cheminée ne sont pas répandus dans cette partie du Népal, au contraire de la langue Anglaise qui est bien pratiquée. Comme souvent au Népal, la maison est tenue par la « Didi », ce qui veut dire grande sœur en Népalais. C’est une fille aînée de la famille qui s’occupe des repas et de tout dans la maison. Nous nous couchons après un délicieux repas avant de commencer le premier jour de marche le lendemain.

Départ matinal, nous sommes en moyenne montagne, les températures sont déjà élevées. Mon ventre et ma tête refusent l’exercice de la marche, cela fait une douzaine de jours que je suis au Népal et je n’ai pas encore été malade.

Nous prenons une piste qui monte légèrement en sortant du village. J’ai commencé mes 1700km de traversée depuis environ 200m et me voilà en train de vomir sur le côté du chemin. C’est ce qui s’appelle un bon début. Mon sac est lourd, une vingtaine de kilo. Tout mon matériel a été choisi avec la plus grande considération apportée au poids, mais le matériel d’alpinisme : corde, piolet, harnet, crampons me pénalise d’au moins 6kg. Nous emportons également en plus de ma tente ultra légère 2 places, une tente d’expédition sensée résister à la neige en cas de tempête. J’en viens à regretter ce choix de dernière minute qui pénalise Purhi et moi de 5kg supplémentaires que nous nous partageons.

Je m’en rendrai compte plus tard mais Purhi a un potentiel physique énorme. Cependant entre les deux saisons touristiques d’Avril/Mai et de Octobre/Novembre, comme beaucoup de guides Népalais, il ne se prépare pas physiquement. Il fume quotidiennement à Katmandou où il vit le reste de l’année et attend la saison des trekkings et des expéditions pour reprendre la forme en montagne.

Il marche avec de grosses chaussures d’alpinisme qu’un ancien client lui a offert lors d’une expédition, et il supporte mal le poids de son sac et la chaleur de la moyenne montagne.

Je suis malade, incapable de m’alimenter, et j’ai les épaules détruites par le poids du sac mais ma motivation pour ce projet me permet d’avancer à une vitesse quasi normale.

Purhi traîne sur le sentier et je m’inquiète un peu pour la suite quand il faudra passer les cols à 6000m. Nous serpentons en forêt ou au milieu des plantations en rizière puis nous remontons une rivière qui a la force de la fonte des neiges de ce début de printemps.

Le premier soir nous dormons chez une jeune femme qui est seule avec ses deux enfants. Je goûte pour la première fois le « chang », un alcool produit par la fermentation de graines d’orge ou de riz et la « thomba » un alcool à base de graines de millet servi chaud. Je ne peux guère m’alimenter plus et je peine à expliquer à cette femme pourquoi je ne peux faire honneur à son repas.

Nous nous couchons pour quelques heures. Dans la nuit, un fracas nous réveille. Le mari alcoolisé est rentré du village voisin. Il bute dans l’ouverture de la porte et se dispute avec sa femme pendant plus d’une heure. Au matin, la jambe de la femme est ouverte profondément et le mari prend une attitude penaude. Laure emprunte mon désinfectant et mes pansements, et soigne la femme autant qu’elle peut. Je prends une photo de la fille aînée s’occupant de sa petite sœur et nous continuons notre route.

Nous marchons durant 4 jours avant de passer Gundsa, le dernier village encore entouré de forets à un peu plus de 3500 mètres. Nous passons le premier checkpost. Le garde nous indique de prendre à droite de la rivière pour remonter la vallée, contrairement à ce qu’indique ma carte. L’après midi quand la température remonte des chûtes de pierres rendent dangereuses le sentier rive droite.

Nous rattrapons un groupe d’éleveurs de Yak qui se dirige comme nous vers Khangpanchen où ils tiennent également un lodge pour les voyageurs. Nous faisons la route avec eux et nous partageons un repas, ils nous indiquent le chemin à suivre sur ce sentier recouvert de neige par les chûtes de la veille. Je joue avec une jeune brebis qui a du mal à escalader les rochers les plus hauts du sentier.

Après quelques heures de marche nous gagnons le point le plus haut de la journée. De là, nous avons une vue sur le sentier qui nous a été déconseillé sur l’autre versant de la vallée. A intervalle régulier des pierres tombent du haut de la montagne et traverse à pleine vitesse le sentier. Une famille de Népalais tente de traverser sur ce chemin instable, de neige, de terre et de pierres mêlées. Un premier homme traverse en courant puis s’arrête. Un bloc de la taille d’une moto le frôle et continue sa course en fond de vallée. La famille le suit avec précipitation. Je reste un peu stupéfié par la dangerosité de ce sentier qui était pourtant inscrit comme le sentier principal sur ma carte, puis par les risques inconsidérés pris par cette famille. Pourquoi n’ont ils pas fait demi-tour devant ces chutes de pierres. N’étaient ils pas au courant du risque? Je n’en sais rien mais je prends cela pour un avertissement à être très vigilant dans les semaines futures.

Nous arrivons à Kangpanchen, un hameau à 4100m d’altitude qui regroupe quelques maisons de pierres sèches tenues par des éleveurs de yaks. Les habitations sont sommaires et abandonnées d’Octobre à Avril. Nos compagnons de route nous ouvrent la porte de leur maison froide comme l’hiver. Nous nous réchauffons auprès d’un feu qui enfume l’ensemble de la maison.

Nous allons faire un jour d’acclimatation ici. Passé les 4000m, les premiers signes de l’altitude se font sentir. Le camp de base du Kanchenjunga est à 5130m d’altitude et nous devrons l’atteindre avec Phuri dans quelques jours. Laure choisit par manque de temps de ne pas nous suivre jusqu’au camp de base et de redescendre seule à Taplejung le jour suivant. On nous installe pour la nuit dans une pièce qui sert également de mangeoire pour les yaks. De temps en temps, un yak passe la tête dans l’ouverture de la porte, avec l’étonnement de trouver quelqu’un qu’il ne connait pas dans sa cuisine.

Le jour suivant Laure redescend courageusement seule vers Taplejung. Nous sommes un peu inquiets car nous n’aurons aucun moyen d’avoir de ses nouvelles dans les jours qui viennent. Phuri lui prodigue quelques conseils et nous la voyons s’éloigner au matin par le sentier que nous avions soigneusement évité le jour précédent. Le regel sécurisant le chemin après la nuit.

Laure étant parti, il nous faut maintenant rejoindre Lhonak à 4900m, le hameau le plus haut en altitude. Au pied du glacier, nous allons faire un nouvelle journée d’acclimatation en altitude. Il s’agit d’un plateau sec et rocailleux, entouré de glace. Le mal de tête me prend en même temps que le froid. Nous dormons dans un abri troué de toutes parts. Je me réveille la nuit le duvet couvert de la neige qui perce entre les planches du toit, et j’essaie de trouver une place qui me permettra de rester au sec. Le beau temps revient avec le jour. Je poursuis mes lectures sur mon livre électronique et je me délasse en faisant des tours autour de notre abri. Un troupeau de Grands Bharals, une sorte de mouflon que l’on trouve dans l’Himalaya, paître sur le plateau qui surplombe notre refuge. Je m’amuse à les approcher et à les photographier au plus prés.

Au matin du second jour, nous devons prendre la direction du camps de base du Kanchenjunga qui sera le point le plus à l’Est de mon voyage. Quelques centimètres de neige ont recouvert la trace que nous devons suivre. Un Léopard des Neiges a laissé son empreinte autour de notre abris. Ce fantôme des montagnes quasiment impossible à observer en temps normal est venu se promener à quelques dizaines de mètres de nous pendant que nous dormions. J’en suis euphorique, j’espère apercevoir une ombre de ce félin pendant que Purhi m’aide à naviguer sur cette langue de terre et de roche qui longe la moraine du glacier. Nous trouverons des excréments de l’animal mais sans pouvoir l’apercevoir. Mais marcher sous le regard des léopards des neiges est une autre forme de satisfaction.

Je lève les bras comme on fini une course alors que celle ci ne fait que commencer.

Message satellite 17/04/2015 : Camp de base du Kanchenjunga. 5130m. Point le plus NE du Népal à la frontière avec la chine et l’Inde. Trace de Léopard des neiges. Grand soleil.

Le soir même nous sommes de retour à Ghunsa à 3500m après une longue et lente descente à chercher la trace sous le tapis de neige. Il va falloir changer de vallée et prendre la direction du Makalu.

Message Satellite 18/04/2015 : Retour à Ghunsa 3500m. Descente dans la neige. Chemin glissant et difficile à trouver. Electricité et douche chaude! Demain départ à l’Ouest (enfin).

Message Satellite 19/04/2015 : Jour de repos. Profite du soleil pour laver le linge. Bcp de neige dans les prochains cols techniques. Attends amélio météo pour poursuite tracé initial.

Message Satellite 20/04/2015 : Ce matin 4 moines Lama récitent des mantras dans la maison pour bonheur et équilibre. Départ tranquille dans am avant grosse journée demain.

Rédigé par Lionel Pourchier

Je vous racontes sur ce site mes aventures dans le cadre des deux projets de voyage que j'ai réalisé : "De l'Himalaya à Paris" en solitaire en 2015, et le "Tour des terres du Pacifique" en 2017/2018 avec mon amie Kinga Jakubowska.

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